jeudi 3 mai 2012

Au Québec, Sarkozy ne fait pas recette. Ça me réjouit plutôt. Bon, Harper n’est pas mal non plus..

 

Dans le journal Le Devoir du 27 avril, sous la plume de l’excellent correspondant de ce journal à Paris, Christian Rioux.

La chute

Christian Rioux 27 avril 2012 Europe

Ça va mal finir. Cette affirmation n’est pas celle d’un militant socialiste. Elle n’a pas non plus été prononcée par le gauchiste Jean-Luc Mélenchon. C’est le titre d’un livre de François Léotard, un ancien ministre, admirateur du général de Gaulle et de Raymond Barre, qui fut le collègue et compagnon de Nicolas Sarkozy dans le gouvernement d’Édouard Balladur.

Ce livre prémonitoire a beau avoir été publié neuf mois après l’élection de Nicolas Sarkozy, tout y est. De la « pipolisation » de la politique aux réformes aussi vite décrétées qu’annulées. Du mépris de la laïcité (« l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur ») à celui des Africains (« L’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire »). Des promesses intenables (5 % de chômage dans cinq ans !) au refus de la « rigueur » prêchée par François Fillon. De l’admiration béate des États-Unis (le t-shirt « NYPD » dans Central Park) au rendez-vous galant à Disneyland. Du mépris de la séparation des pouvoirs à la vente d’un réacteur nucléaire à la Libye. Des « coups médiatiques » permanents à l’échec de l’Union pour la Méditerranée. Et l’on pourrait en aligner des pages.

Mais le plus surprenant, c’est que le titre du livre annonçait déjà ce qui est en train de se produire sous nos yeux, à dix jours du second tour de cette élection présidentielle.

Inauguré dans l’indécence au Fouquet’s et sur le yacht d’un milliardaire, le mandat de Nicolas Sarkozy s’achève dans le déshonneur. Il n’est pas question de reprocher à quiconque de courtiser les 17,9 % d’électeurs qui ont voté pour le Front national au premier tour. Au contraire, la gauche et la droite ont trop longtemps démonisé ces électeurs, qui sont les vrais perdants de la mondialisation et de l’effritement de la nation. Cette nation qui demeure leur seul et unique bouclier.

Mais de là à dire que « Le Pen est compatible avec la République », comme le président l’a déclaré cette semaine, il y a une marge. Depuis quand un parti qui propose la « préférence nationale », c’est-à-dire la discrimination systémique dans l’emploi et les prestations sociales contre les étrangers légalement admis en France, peut-il être considéré comme républicain ? Voilà pourquoi le centriste François Bayrou parlait cette semaine de « reniement du gaullisme ».

Non, Nicolas Sarkozy n’a jamais « changé » malgré ses mea-culpa à répétition. La semaine dernière, il était le seul candidat à ne pas s’inquiéter du fait que certains médias s’apprêtaient à enfreindre la loi sur l’heure de publication des résultats du premier tour. Certes, la loi est peut-être obsolète. Mais un président qui hausse les épaules quand on enfreint la loi, où a-t-on déjà vu ça ?

Au nom d’une droite « moderne » et « décomplexée », Nicolas Sarkozy aura été à sa manière une sorte de Berlusconi hexagonal. Comme lui, il aura heurté profondément le sens commun et la dignité des citoyens qui se font, heureusement, une autre idée de la politique.

Les Québécois en savent quelque chose. N’ont-ils pas goûté eux aussi au « parler vrai » du président ? Reniant la politique traditionnelle et équilibrée de la France - celle si bien nommée de la « non-ingérence » et de la « non-indifférence » -, Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à s’ingérer dans les affaires québécoises. Il est allé jusqu’à accuser les souverainistes de pratiquer la « détestation » de l’autre. « Reniement du gaullisme », disait François Bayrou…

Mais consolons-nous, nous n’avons pas été les seuls à goûter à cette politique « nouvelle manière ». Avec nous, il y a eu les Allemands, les Britanniques, les Africains, les Mexicains, les Grecs, les Tunisiens et quelques autres. Et dire qu’en 2007, il y avait chez nous des éditorialistes pour écrire : « On rêve qu’au Québec se lèvent un ou deux Sarkozy » !

Cette « nouvelle manière » de faire de la politique, certains l’ont baptisée le « syndrome du poisson rouge ». Ces adorables petites bêtes n’auraient en effet qu’une mémoire de trois secondes. C’est pourquoi elles s’agitent tant. Hier encore, Nicolas Sarkozy prenait l’électeur pour l’une d’elles. Un policier, soupçonné d’avoir abattu un suspect sans raison apparente, est mis en examen ? Le voilà qui dégaine une proposition de loi (tirée du programme du FN) instaurant une « présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre ». Comme si la présomption d’innocence n’existait pas déjà. Le même jour, il affirmait que l’islamiste Tariq Ramadan et 700 mosquées avaient appelé à voter pour François Hollande. Un mensonge aussi gros que le désespoir qui semble s’être emparé du président à l’aube d’un second tour qui s’annonce en forme de Bérézina.

Certes, la dette publique est un enjeu de cette élection, comme ne cesse de le répéter une presse anglo-saxonne (et québécoise), qui avait pourtant soutenu Nicolas Sarkozy en 2007. Mais la vraie priorité de ce scrutin consiste à redonner toute sa dignité à la parole publique. Telle est la lourde responsabilité du favori François Hollande. Car Nicolas Sarkozy laisse un héritage pitoyable. Il n’a pas seulement abîmé les finances, l’État et la nation, il a abîmé la politique elle-même.

14 commentaires:

  1. je crois que j'ai perdu le premier message...
    colette

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    1. peut-être parce que ça a du mal à passer?

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    2. Non, j'ai bien constaté que ça 'merdouillait'.
      Tiens, ce soir, au lieu de regarder Les présidentielles ou 'le président' d'Henri Verneuil, je vais regarder 'Pinocchio'..ça ne changera rien à l'affaire non ?

      Bon Dimanche à vous
      PS : ça n'était pas le premier commentaire, mais tu connais mon sentiment sur l'affaire...

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  2. Alors ma Colette, tu as suivi les résultats ?

    De ce côté-ci de la grande flaque y'a un Français content ! (même s'il n'a pas été voter).

    Bisous

    Nathalie

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    1. ben, c'est pas vrai..
      jamais de la vie , j,ai censuré..
      si tu avais qq chose à dire, ( même sans intérêt, je suis coutumier du fait, vas-y, entre gens qui n'ont rien à se dire, dégaine?)

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  4. Ben mais tu étais où hier soir ?!!! Je t'ai cherché à la Bastille...

    :) Bises de Nath bien en France !

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    1. Ben on était au Québec .... Qu'est-ce qu'on aurait aimé être là quand même....

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  5. Hello Nath,
    Il y a tellement à dire… et c'est toujours difficile...
    Faire barrage à Sarko, je crois que c’était le vote, comme celui Chirac/Le Pen en 2002. Ca c’est gagné en effet, mais rien d’autre, en France…en Europe ! Par exemple, ça ne bouge pas qu’ici, ça bouge en Grèce..
    Bon, je suis rassurée Nico et Carla vont réapprendre à vivre ‘comme tout le monde ‘ (ça m’a fait rire) !
    Des jeunes qui disaient « c’est la première fois qu’on connait un gouvernement socialiste, c’est super …» m’ont fait retourner + de 30 ans en arrière ! Moi aussi j’ai dit ça et n’ai pas vraiment vu la différence (si bien sûr, les 35 h que je vois passer comme une autre heure) et la retraite à 60 ans (qui depuis a été modifiée) ! Je suis une déçue e la pdolitique, parce que j’ai bien compris que président c’est un job à très hautes responsabilités comme un autre, l’important est d’avoir la place et tous les privilèges qui gravitent autour…
    Les politiques ne peuvent rien pour nous, faisons nous mêmes notre bonheur (sauf que quelquefois, ils font notre malheur à leur dépends et ça, je dis NIET)

    Restons dans l'attente d'un jour meilleur pour les plus démunis/Colette

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    1. Si je résume, c'est la même merde partout alors ? Ici aussi on ne vote plus que très rarement "pour" (ben y'a moi mais en sachant que je vais perdre) mais plutôt "contre". Côté Canada y'avait eu scandale d'utilisation des fonds publics à des fins partisanes et nous avons fini avec un gouvernement conservateur ! Quand même de quand même, qu'est-ce que je fais ici, tu peux me le dire ? ... Et côté Québec on a voté libéral parce-qu'il n'y avait plus de chef au Parti Québécois....

      Enfin, si ça peut te consoler, peut-être que Holland sera au moins bien pour nous...Sarko avait décrété que le Québec ne méritait pas d'être perçu comme un pays...

      Remarque que les pires c'est encore vous..... Les législatives maintenant ! Des semaines de plaisirs !

      bisous

      Nath

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  6. Hello les Québécquois... mon nouveau blog à la demande de Jack : http://nathinyaute.blogspot.fr/
    Moins exotique mais plus frais ! Bises de Nath de l'autre côté.

    Il est où l'article sur les étudiants ? allez au boulot ! :)

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  7. ah ah ah, les histoires commencent...
    http://www.leparisien.fr/politique/logement-social-batho-resilie-le-bail-qui-fait-polemique-18-05-2012-2006045.php
    Colette

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  8. Je lis Nath (pas celle là, l'autre) qui parle des étudiants... Ca a l'air de ruer dans les brancards de l'autre côté de l'hexagone ! N'allez pas vous prendre un mauvais coup dans les manifs hein ?
    Colette

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  9. je pense que leotard est bien le dernier à donner des leçons avec les casseroles qu'il se traîne et les détournements.

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